mercredi 31 décembre 2008

La fugue

A quatre heures de l’après-midi de ce samedi du mois d’août, un des mes téléphones sonnent. Je me perds dans ces téléphones là : il y a le fixe qui ne sonne presque jamais et les deux mobiles dont je ne retiens pas les numéros. C’est le fixe qui sonne, le numéro affiché m’est totalement inconnu.

L’affolement

« Allo - bonjour, c’est Julien Rakotoarimanana à l’appareil, que puis-je pour vous ? »

« Je suis Maman’i Sahondra, elle n’est pas encore rentrée »

Je ne connais pas de Sahondra et encore moins sa maman susceptible de m’appeler au téléphone. Je suis donc obligé de demander : « C’est Sahondra - laquelle ? »

Maman’i Sahondra : « Celle de Tsiadana, vous nous avez rendu visite il y a quelque temps »

C’est vrai, j’ai récemment rendu visite à une famille en situation de rue à Tsiadana[1]. Je suis étonné par le fait que des quatre-mis m’appellent au téléphone. Je me souviens cependant que j’ai laissé comme d’habitude ma carte de visite, donc le fait s’explique.

Comme si elle a deviné mes pensées, Maman’i Sahondra rajoute : « Je vous appelle depuis un taxiphone »

« C’est le taxiphone, devant l’épicerie au croisement de la route qui va jusqu’à votre maison ? »

Maman’i Sahondra : « Oui. Que devons nous faire ? D’habitude, elle rentre toujours à l’heure du déjeuner après le cours »

« C’est son cours d’hôtellerie à Itaosy[2], n’est-ce-pas ? »

Maman’i Sahondra : « Oui, nous ne savons pas à qui nous adresser, nous ne connaissons pas le numéro de téléphone de Madame Tiana[3] »

« Vous savez bien que je ne suis qu’un évaluateur du projet. Je ne suis pas membre de la Cellule d’Ecoute. Il faut donc que je contacte les responsables pour les informer de ce problème. Connaissez-vous bien le responsable du taxiphone ? »

Maman’i Sahondra : « Oui »

« Alors ne vous éloignez pas. Je vais téléphoner à Maryse, puis je vous rappellerai au numéro du taxiphone. Dites-le à son responsable »

Maman’i Sahondra : « Oui »

Et je raccroche. Comme je suis très brouillon, je n’ai pas les numéros des responsables de la Cellule d’Ecoute. Par contre, Vola est la plus méthodique de mon équipe. Il est possible qu’elle ait notée leurs numéros de téléphone. Je l’appelle donc, non pas à son numéro de « fixe » mais à son portable. Vola est une femme qui bouge beaucoup, on ne sait jamais où elle se trouve à n’importe quel moment de la journée.

Vola : « Salut Julien, quelles sont les nouvelles ? »

« Es-tu chez toi ? »

Vola : « Oui, où veux-tu que je sois par un sombre après-midi de samedi ? »

« Peut-être avec l’autre, quelque part ? … »

Suivent quelques éclats de rire de part et d’autre qui m’obligent à éloigner un peu le téléphone de l’oreille et de la bouche. Je lui raconte ma conversation téléphonique avec Maman’i Sahondra.

Vola : « C’est très embêtant. Il faut que je regarde dans mes dossiers, je ne suis pas sûre d’avoir le numéro de Maryse. Mais dis-moi, cela m’étonne qu’ils ne mettent pas une permanence le samedi. C’est justement le jour où les enfants « usagers » vont aux cours de formation professionnelle »

Moi : « C’est vrai. Il faudrait aussi que les usagers connaissent leurs coordonnées personnelles en cas de pépin de ce genre. Mais pour le moment, il faut avoir le numéro de Maryse ou de Rado[4]. Je raccroche et tu me rappelles dès que tu as ces éléments »

Vola : « D’accord ». Et nous raccrochons.

J’allume une cigarette et contemple l’écran de veille de mon ordinateur. Le texte déroulant affiché en rouge sur fond noir est bien connu de tout le monde à la maison : « DEGUERPISSEZ, IL Y A QUELQU’UN QUI TRAVAILLE ICI ». C’est moi qui travaille ici, mais c’est moi qui ai envie de déguerpir en ce moment. Si Vola ne trouve pas ces coordonnées, je devrai prendre un taxi pour me rendre à Tsiadana et aider Maman’i Sahondra à rechercher sa fille.

Il faudrait aller au bureau du quartier, au centre de formation d’Itaosy, dans les hôpitaux, au commissariat de police et à la gendarmerie. La sécurité de la ville d’Antananarivo relève de la police nationale, tandis qu’Itaosy - qui est une commune rurale - dépend de la gendarmerie. C’est très embêtant comme dit Lova.

C’est fini et tout commence

Ma cigarette est à mi-chemin de son inexorable consommation quand un des téléphones sonne. Je m’embrouille encore entre eux depuis quelques secondes, lorsque je m’aperçois que c’est le « fixe » qui sonne. C’est donc le taxiphone de Tsiadana qui appelle.

« Allo »

« C’est moi, Maman’i Sahondra. Elle vient d’arriver, il n’y a plus de problème. Elle a dit qu’elle est allée se promener au marché de Mahamasina après le cours. Il n’y a plus de problème, excusez-moi de vous avoir dérangé »

Moi : « C’est très bien. Surtout ne la grondez pas trop. Ce genre de choses est fréquent aux jeunes de son âge. Efforcez-vous de la comprendre »

Maman’i Sahondra : « Oui, je vous comprends. Merci beaucoup pour tout »

Moi : « Il n’y a pas de quoi. Je vous souhaite beaucoup de courage et au revoir »

J’appelle Vola pour l’informer de cette issue heureuse. Nous convenons dès lundi d’informer Maryse de cette affaire et de suggérer aux responsables du projet de mettre en place une permanence le samedi.

Je fais glisser la souris de l’ordinateur, l’écran de veille s’efface. Je ne continue pourtant pas à travailler. J’éteins tout et enfile ma tenue de « Ramose »[5].

Je vais chez Rasolo, à l’Epi-bar de Tsarahonenana. J’apprécierai le VCD que Ra-Chris introduira dans son matos, pourvu que ce soit du bon reggae[6]. Je sens que cette histoire n’est pas finie. Pour moi, elle ne fait même que commencer. Elle constituera le sujet du roman que j’ai toujours rêvé d’écrire. Sahondra et Maryse en seront les héroïnes, celles de la lutte pour que la vie ici-bas ne soit plus une question de survie.

Dadazily

Août 2007



[1] Quartier populaire situé à droite de la route de l’Université.

[2] Grosse commune située à une dizaine de kilomètres à l’ouest du centre de ville d’Antananarivo.

[3] C’est Maryse, elle est la TS qui est en charge de cette famille.

[4] Membre de la Cellule d’Appui qui s’occupe de la formation et de la réinsertion professionnelles des enfants travailleurs.

[5] Monsieur. Cf. l’article « La balade au marché / Vero »

[6] Je ne suis pas « rastaman » mais Bob Marley, Jimmy Cliff, UB-40 et Lucky Dube me font toujours planer ; ça c’est de la bonne musique.

jeudi 25 décembre 2008

Le Lavement des Pieds

Je suis seul en haut dans les bureaux des groupes 1 et 3 en train de travailler, c’est dur. Est-ce que je travaille vraiment, d’ailleurs. Peut-on faire un travail d’équipe quand l’équipe est absente ? Les copains ne sont pas seulement absents physiquement, ils le sont aussi moralement pour moi.

La solitude

L’ombre de Razaka[1] plane dans son bureau. Je le vois qui me nargue en ricanant comme à son habitude : « Tu te crois plus malin que les autres, hein. Te voilà tout seul à te morfondre ici, alors que les autres luttent ». Je n’ai pas peur, je l’ai toujours respecté. Mais je n’aime pas qu’il me nargue ainsi. Je vais donc dans l’autre bureau. Ici, l’on a une belle vue sur la pelouse et le garage de l’ONG, mais vides - sans âme.

Pourquoi ne suis-je pas dans le bureau du groupe « deux », le mien ? Les fenêtres y sont situées du côté ouest, et visibles de la rue qui traverse le quartier populaire de Mahazoarivo. Nous sommes en pleine crise de 2002 : le KMSB[2] a décrété la grève générale et toutes les entreprises doivent fermer. Ceux qui veulent ou doivent travailler sont donc tenus de le faire hors de la vue du public. Nous sommes trois à devoir travailler ici : le directeur, le responsable financier et moi.

Je suis vraiment las d’errer dans ces locaux vides, en proie aux sarcasmes de Razaka et de mes collègues absents. Je suis aussi fatigué de vouloir travailler sans le pouvoir. Je range les dossiers dans les chemises et les classeurs et je m’en vais, il n’est que trois heures de l’après-midi.

Ding - ding, ding - ding. Ce ne sont pas les grelots du Père Noël qui sonnent, mais ceux des tireurs de pousse-pousse. Il y en toujours en attente devant le portail de l’ONG. Je salue Jeannine, qui sourie toujours assise à côté du portail auprès de son étal de viande de poulets. Elle me presse de choisir quelques morceaux qu’elle pèse et met dans un petit sac en plastique. Je dis que je la paierai à la prochaine paie hypothétique. Merci Jeannine, je sais que je vais régler son dû demain matin.

Le tireur boiteux

Je ne choisis jamais « mon » pousse-pousse, à son apparence ou à celle du tireur. Je vais directement vers le gars assis sur le marchepied de son véhicule, qui contemple un de ses pieds d’un air pensif. Machinalement il me dit : « Ndao ary[3]! ». Je lui dis que je rentre à Tsarasaotra[4] et que je n’ai que deux mille cinq cent francs à lui donner. OK ? Il ne peut qu’être OK. Une course coûte bien moins que cela en ce moment. C’est le loyer qu’il doit verser quotidiennement au loueur de pousse-pousse.

Dix mètres de trajet suffisent pour me convaincre que j’ai fait le mauvais choix, il claudique. Je n’ai jamais honte de prendre un pousse-pousse. Et en ces temps difficiles, je crois que c’est même un devoir. Ils doivent travailler pour vivre. Si l’on n’a rien de mieux à leur offrir, il faut les faire travailler dans leur spécialité.

Mais ce gars là est malade, d’où mon malaise. « Qu’est-ce que vous avez ? » lui dis-je. Il me dit qu’il s’est blessé le pied droit en marchant sur un clou égaré dans la rue. La plupart des tireurs de pousse-pousse sont des paysans et beaucoup vont pieds nus. « Racontez-moi votre vie » lui dis-je d’un air faussement bourgeois, mais vraiment mal à l’aise sur mon siège, tandis qu’il amorce la descente d’Ambohimiandrisoa.

Il s’appelle Alphonse et vit à Ambohidranandriana, à mi-chemin sur la route de Soanindrariny à l’Est d’Antsirabe. Il a quatre enfants dont le dernier n’a que quelques mois. Il est métayer, et doit travailler en ville en cette période de soudure tandis que sa femme s’occupe du ménage et des travaux des champs.

« Mais c’est la grève ici en ville, pour le moment » lui di-je.

Alphonse : « Il n’y a rien à faire à la campagne »

Moi : « Vous faites aussi la grève là-bas »

Alphonse : « La grève, c’est pour vous les citadins qui avez du travail. Chez nous, c’est le chômage. Les collecteurs ne viennent plus acheter nos produits. Nous ne nous mêlons pas de politique, nous respectons toujours ceux qui sont au pouvoir »

Après avoir dépassé le barrage routier[5] encore désert du Ravintsara, il attaque la montée en face de l’hôpital luthérien. C’est celle qui justifie le trajet en pousse-pousse, mais je lui dis quand même de s’arrêter pour que je descende et faire la montée à pied. Je ne vais pas jusqu’à l’inviter de monter dans le véhicule pour le tirer, comme le font certains vazaha[6] en mal d’aventures. Je me contente de marcher à ses côtés. A la mi-montée, deux personnes sortant de l’hôpital le hèlent pour une course mais il leur dit qu’il est déjà pris.

En temps normal, nous aurions attiré l’attention des passants. Voir quelqu’un qui accompagne un pousse-pousse est habituel dans cette ville ; sauf que cette fois-ci, le véhicule ne transporte aucune charge. Personne ne nous remarque cependant. Tout le monde a l’air abattu, les visages sont tristes et mornes. Ils ne s’animent que lors des défilés de manifestants ou les rassemblements au terrain Karmaly.

Je remonte sur le véhicule quand nous sommes arrivés au carrefour dit - de la SICE et dis à Alphonse de ne pas courir, je ne suis pas pressé. Je lui demande comment vont les affaires en ce moment.

Alphonse : « Très mal. Les gens ne prennent plus les pousse-pousse, sauf dans la matinée pour se rendre aux manifestations ou pour en rentrer »

Moi : « Il y a aussi les défilés où vous êtes toujours sollicités pour en faire partie »

Alphonse : « Pas moi. D’abord, ces pousse-pousse qui défilent appartiennent à des patrons engagés qui n’utilisent que leurs tireurs attitrés. Comme je vous l’ai déjà dit aussi, je suis un paysan qui n’aime pas me mêler de la politique »

Une fois arrivés au niveau de l’AROTEL, nous aurions pu tourner à gauche et passer par le terrain Karmaly ; le terrain est plat jusqu’au quartier de Tsarasaotra. Alphonse préfère cependant continuer jusqu’à la Préfecture car la route qui longe le terrain Karmaly est cabossée.

Moi : « Est-ce que vous arrivez pourtant à vous en sortir ? »

Alphonse : « Un peu. L’essentiel est de pouvoir payer le loyer du posy[7]et celui de la chambre. Nous sommes quatre tireurs issus du même village à louer cette chambre à la semaine »

Laver sans préalable

Moi : « Pourquoi n’allez-vous pas au dispensaire pour faire soigner votre pied ? »

Alphonse : « C’est trop cher, je ne peux pas me payer ce luxe. Quand je rentrerai au village en fin de semaine, je me ferai soigner avec des plantes médicinales »

Il faut savoir que depuis l’application du système de recouvrement des coûts, les dispensaires et les hôpitaux publics sont payants à Madagascar. Des coûts qui peuvent sembler modiques pour les classes moyennes, mais il n’y a plus de classes moyennes. En cette période de troubles, les carburants sont rationnés à la suite des blocus imposés aux régions des Hautes -Terres par les miliciens des autres régions. Les produits de première nécessité sont rares, les produits agricoles n’arrivent plus en ville. Le marché noir prospère.

Moi : « Cette blessure ne sera pas guérie par les plantes. C’est une infection qui risque de s’aggraver encore. Il faut aller au poste médical le plus proche de votre village. Quand rentrez-vous ? »

Alphonse : « Demain, je me sens trop mal »

Moi : « C’est bien. Je vais vous faire un pansement en attendant. D’ailleurs nous sommes arrivés »

J’aurais bien voulu le faire entrer chez nous pour le soigner, mais il ne peut pas quitter son posy. Je lui dis donc d’attendre, le temps que je cherche la boîte à pharmacie. Je demande à ma fille de quinze ans Jessica de venir avec moi en amenant un seau d’eau et un gobelet en plastique.

Je dis à Alphonse de s’asseoir sur le marchepied pour que je puisse laver son pied malade, tandis que Jessica verse l’eau dessus avec le gobelet. Je ne vois pas ce que font les passants en nous voyant ainsi, je suis entièrement absorbé par ma tâche. Je remarque seulement le sourire gêné de Jessica qui tourne la tête à gauche et à droite. Je lui dis de se concentrer sur son travail.

Je demande ensuite à Alphonse de se hisser sur le siège du passager et effectue le pansement. Je m’efforce de bien nettoyer la plaie avec du coton imbibé d’alcool. Je lui dis de bien serrer les dents car la suite est encore plus douloureuse, en plaisantant : « Ne dites surtout pas de gros mots devant ma fille »

Il sourit douloureusement. Le sourire s’efface quand j’applique la poudre pénicilline. Il y a du mercurochrome mais je sais qu’il ne faut pas en mettre sur une plaie infectée. J’applique une compresse dessus et enveloppe le pied avec une bande Velpeau. C’est fini. Jessica ramène la boîte et le seau à la maison.

Je répète mes recommandations à Alphonse pour qu’il aille rapidement au poste médical de son village. Cela lui coûtera peut-être un ou deux poulets en guise de rémunération du médecin mais il le faut. Je lui donne un billet de cinq mille francs et lui souhaite bon courage en lui serrant la main. Puis je rentre.

Jessica arbore toujours son sourire gêné en me voyant. Je lui dis : « Tu es une chrétienne fervente ; Jésus n’a-t-il pas enseigné à ses disciples de se laver réciproquement les pieds ? N’a-t-il pas montré lui-même l’exemple »

Jessica : « C’est un symbole. Ce n’est pas comme cela qu’on fait dans notre temple. Chacun se lave bien les pieds avant la cérémonie »

Moi : « Apprends à le faire sans aucun préalable[8] »

Dadazily

Avril 2002



[1] Chef de groupe, puis Directeur de l’ONG jusqu’à sa mort en 2001.

[2] Le comité de défense du choix du peuple qui succède au comité de soutien de Marc Ravalomanana (KMMR)

[3] « Allons-y », c’est le cri d’annonce des tireurs de pousse-pousse d’Antsirabe pour racoler leurs clients.

[4] Le quartier chic au centre d’Antsirabe ; j’y ai atterri de façon accidentelle.

[5] Des barrages sont installés sur les principaux carrefours de la ville pour contrôler les rares véhicules qui circulent durant la nuit munis de laissez-passer ; le KMSB impose le couvre-feu à partir de 18 heures.

[6] Etranger

[7] Pron. pouss’ = Pousse-pousse

[8] Jessica deviendra plus tard étudiante en médecine, toujours fervente pour les stages hospitaliers.

dimanche 21 décembre 2008

La balade au marché

Il est sept heures du matin, mon programme habituel doit être exécuté selon les règles que je me suis établies. J’avale rapidement le petit déjeuner que Melo me sert au lit. Elle sait que je ne prends jamais du riz le matin, sauf du vary amin’anana[1] dont je raffole. Sinon, je me contente d’un morceau de pain et d’une tasse de thé. Ce matin, c’est du vary amin’anana.

Ensuite, je cours en haut au grenier où est installé l’ordinateur que j’ouvre. Je consulte le courrier et traite les affaires les plus pressées. Le reste attendra mon retour du kirimba[2] matinal.

Après un petit passage au gabone[3] et à la douche, je m’épile le visage[4]. Il est neuf heures, je suis prêt et je pars. Melo me dit tout ce qu’elle veut que je ramène au retour : de la viande, des œufs, du cresson, du pain, des mofo gasy[5], etc.

Kirimba

Je vais au marché de Tsarahonenana, à cent mètres de chez moi. Il y a beaucoup plus de gens qui me saluent au passage que je salue de ma propre initiative. Aujourd’hui, je suis « Ramose[6] » et non « Monsieur ». Ces deux appellations sont terminologiquement identiques. Aujourd’hui vous êtes Ramose, et demain Monsieur. Cela ne dépend que de votre apparence.

Si vous êtes comme moi maintenant, en tenue de sport et sandales « scoubidou », vous êtes « Ramose ». Quand je suis mieux mis, en chaussures, pantalon et chemise plus présentable, je suis « Monsieur ». Ce sont les mêmes personnes qui me qualifient ainsi selon mon apparence.

J’arrive au grand virage de Tsarahonenana, juste en face de Chez-Rasolo, c’est notre grande-rue et je regarde toujours à gauche. Vero, la vendeuse de journaux n’est pas encore là. Ce n’est pas grave, le temps que je fasse ma petite balade, elle sera sûrement là. Elle s’approvisionne au revendeur de journaux à la Météo d’Ampasampito et arrive toujours par le bus de la ligne 178, les journaux sur sa tête et sa fille Rosaline sur le dos.

Je demande à Rasoa[7], la vendeuse de pains : « Pourquoi Vero n’est pas là ? ». Elle me dit qu’elle ne sait pas, d’un ton furieux qui ne semble pas m’être destiné. Je ne comprends pas, car d’habitude, Rasoa et moi sommes les meilleurs acolytes du marché. Je continue donc mon kirimba en allant vers la droite jusqu’au bassin[8] de Tsarahonenana.

J’entre dans tous les magasins. Je visite les étals et marchande les prix, juste pour causer et tâter les humeurs. J’achète ce que je peux et comme je veux, là où il faut le faire.

Je repasse devant Rasoa et sa soubique de pains fermée par une feuille en plastique. Il y a des journaux à côté d’elle, mais aucune trace de Vero et encore moins de Rosaline, sa fille de trois ans.

Je n’ose pas dire à Rasoa nos blagues et jeux de mots salés habituels. Berthe, la marchande de légumes assise à côté d’elle est tout aussi renfrognée. Elle maugrée contre " les hommes ". J’ose quand même une petite question : « Où est Vero ? ». D’un ensemble parfait, elles me répondent : « Nous ne savons pas ». Puis Berthe me dit après un long silence : « Elle est partie à l’hôpital pour soigner Rosaline qui a eu un accident ».

Je n’insiste pas car je sens la poudre. Je poursuis ma route vers le sud jusqu’au poteau-double où finit le marché. Je commande une tasse de café et deux girefy[9] chez Rosine. L’échoppe de Rosine est attenante au dépôt d’ordures de Tsarahonenana. Les mouches pullulent, mais nous l’aimons quand même. Elle confectionne les meilleurs girefy du quartier. Je suis pensif.

Vero

Vero ne nous a faussé compagnie qu’une fois, et ce fut l’année dernière. Rasoa et Berthe ont montré la même tête qu’aujourd’hui. Vero fut absente durant trois jours. C’est bien après que j’ai su qu’elle est rentrée à son village d’Ambatomirahavavy à une vingtaine de kilomètres à l’Ouest d’Antananarivo.

Pourquoi ? Le mari de sa sœur qui l’héberge aurait exigé que Vero couche avec lui en contrepartie de cet hébergement. Elle n’a pas voulu. On n’a plus voulu d’elle aussi au village et elle est revenue dans notre quartier une semaine après, à notre grand bonheur. Mais elle a changé d’adresse qu’elle n’a jamais voulu me communiquer.

Il est grand temps que je rentre de mon kirimba matinal. Je prends congé de Madame Rosine en échangeant les plaisanteries habituelles. Je reviens au grand virage et j’entre chez Rasolo, le propriétaire de l’épi-bar du coin. Lui est ses fils sont les seuls qui m’appellent « Monsieur » quel que soit mon accoutrement. C’est Ra-Chris qui est aux commandes, il introduit un CD d’UB-40 dans son matos en me voyant entrer. Quand j’en ressors, Vero est là, juste en face qui discute avec des gens.

Elle sourie en me voyant et m’appelle. Je prends quand même soin de bien regarder à gauche et à droite avant de traverser l’étroite route. Les chauffeurs de la ligne de bus-178 vont toujours à vive allure. C’est étonnant qu’il n’y ait pas encore eu de grave accident de la route dans ce quartier.

« Je veux vous parler » me dit Vero. Elle tente de se débarrasser des autres interlocuteurs, mais c’est peine perdue. Tous (ou plutôt toutes) veulent s’accrocher à nous pour connaître l’histoire.

Tandis que Rasoa me donne le journal, Vero me dit que Rosaline est à l’Hôpital « Ranavalona[10] ». « Elle fut piétinée à la tête » me dit-elle. Je lui demande qui a fait cela et dans quelles conditions. Elle ne veut me rien dire. Elle se contente de pleurer, à force de larmes et de morve qu’elle essuie avec la manche de sa chemise.

Elle me dit que Rosaline doit être opérée, pour remettre en place sa mâchoire et enlever toutes les dents qui se baladent là-dedans. Tous ses gros clients auraient déjà participé, mais il lui manque les prix des médicaments anesthésiques. Je n’ai plus que dix mille francs en poche et les lui donne. Je lui promets que je vais tenter d’en trouver d’autres pour les lui donner, pour soigner ma petite-fille.

Tous ceux qui sont là demandent des précisions sur l’énergumène qui a fait cette saloperie. Elle ne dit rien. Je comprends que c’est son compagnon du moment et qu’elle ne veut pas que l’histoire se prolonge jusqu’à la police et au tribunal. Elle ne veut pas avoir d’histoires.

Je m’en vais et prends ce qu’il me reste dans mes poches : un mouchoir pour essuyer mes larmes et la morve qui maculent mon visage.

Dadazily

Octobre 2008.



[1] Bouillon de riz aux brèdes variées ; il se sert accompagné du « kitoza » = viande boucanée et grillée, ou d’une saucisse, ou de « pirina » = alevins sautés à la poêle.

[2] Terme populaire = Balade.

[3] La latrine ;

[4] Depuis toujours, je ne me rase pas ; et je ne me raserai jamais – parole de Samson.

[5] Gâteaux de riz.

[6] Pron. ramoussé

[7] Pron. rassou

[8] Lavoir public

[9] Deux gâteaux de riz superposés, l’un sucré et l’autre salé.

[10] Pour tout le monde c’est Ranavalona (nom de reines malgaches au XIXème siècle) ; en réalité, c’est Ravoahangy-Andrianavalona, un grand nationaliste qui a milité pour l’indépendance de Madagascar.

dimanche 14 décembre 2008

Le retour au bercail

Sans aucun préambule, Melo me dit durant le déjeuner : « Il y a deux enfants prisonniers qui vont venir tout à l’heure pour parler avec toi ». Du coup, j’avale de travers la bouchée de riz mélangé avec des haricots verts que je suis en train de mastiquer. Je me lance aussitôt vers la fenêtre de la salle à manger - qui nous sert aussi de chambre à coucher et de salon - pour tenter de dégager ma voie respiratoire. Avaler de travers ne me plait pas du tout. Mais avec les haricots verts en sus, c’est terrible.

Compatissante, Melo me dit : « Je t’ai toujours dit de les aimer. Si tu as suivi mon conseil, tu ne te serais pas étranglé »

Moi, entre deux toux : « Je n’aimerai jamais les haricots verts »

Melo : « Je ne parle pas des haricots verts mais des enfants prisonniers »

Là, c’est trop. Dire que moi, je n’aime pas ces satanés gosses frise la mauvaise foi. Par affection pour elle, je me fais dépouiller de mes vêtements et d’autres biens précieux pour qu’ils vivent mieux en prison. Vraiment c’est trop fort.

Euh, pour que tout cela et la suite de l’histoire soient bien compréhensibles, je pense qu’il faudrait que je présente Melo. J’entends d’ici le tollé général et de nombreuses voix s’écrier à l’unisson : « On la connaît ! C’est ta chère et tendre moitié, comme dirait ton cher ami militant dont tu ne dévoiles pas le nom ». D’accord, mais ensuite ? Quel est le rapport avec ces enfants prisonniers ? Silence total dans les rangs ! Il faut donc que je parle d’elle.

Melo

C’est une femme ordinaire, du genre à compliquer ce qui est simple comme le fait d’ailleurs toute femme normale. A l’inverse des hommes normaux dont je pense faire partie, qui s’efforcent toujours de simplifier ce qui est compliqué. J’en donne quelques exemples à travers son cursus.

Durant la nuit du 12 au 13 mai 1972[1], au lieu de dormir tranquillement chez elle, ma demoiselle a participé à une réunion des dirigeants du mouvement étudiant au campus universitaire d’Ankatso[2]. Il y eut la rafle effectuée par les policiers et les gendarmes et du coup, elle s’est fait embarquée elle - aussi dans une jeep pour la déportation au bagne de Nosy-Lava[3]. Comme plusieurs copains qui se sont trouvés dans la même situation que moi, je me suis dès le lendemain porté à la tête des émeutiers pour réclamer la libération de nos compagnons et compagnes de lutte. On connaît la suite de l’Histoire mais non de la nôtre.

Elle entre ensuite dans l’enseignement. Mais ne voila-t-il pas qu’elle s’est aussi engagée dans le Parti, comme si l’Enseignement n’est pas un sacerdoce suffisant.

Nous nous sommes mariés plus tard et avons eu beaucoup[4] d’enfants, mais c’est peu pour Madame. Elle se fait baptiser chez les adventistes car les protestants et les catholiques sont trop tièdes à son avis.

Nous avons déménagé à Antsirabe[5], et elle y trouve une place d’enseignante au collège d’enseignement général d’Ivohitra. Se charger des enfants normaux est peut-être trop facile pour elle, Melo s’est donc fait mutée au collège d’enseignement général du CRMM[6] réservé aux enfants handicapés moteurs. Pour parfaire le tout, elle entre comme bénévole dans l’aumônerie adventiste de la prison centrale d’Antsirabe et s’y occupe spécialement du quartier des mineurs.

Sachant maintenant tout cela, il faut aussi savoir que Melo n’est pas l’héroïne de cette histoire. Revenons donc au moment où elle finit de disculper les haricots verts comme étant à l’origine de mon accident de déglutition. Je n’ose pas m’engager pour le reste de ma vie mais pour ce déjeuner-ci, c’est fini pour ces fades[7] légumes. Je vais me contenter du bouillon de cresson en accompagnement du riz[8].

Le quartier des mineurs

Melo dit qu’un garçon nommé Hery vient de sortir de prison ce matin et se retrouve dans la rue sans un sou et sans personne pour l’aider. Il devrait rejoindre son village situé dans la région de Fandriana, à une centaine de kilomètres au sud-est d’Antsirabe. Pour compliquer l’affaire, Tovo son meilleur ami de prison[9] est venu de Soanindrariny[10] exprès pour l’accueillir à la sortie du pénitencier. Ce dernier n’a apporté que son amitié et aucun franc n’en poche.

« Hery, c’est le gars qui fait des peintures au stylo ? » demandé-je pour me donner le temps de digérer tout cela tout en mastiquant une bouchée de riz et de cresson.

Melo me dit que ce n’est pas lui, mais quelqu’un qui ne s’est pas fait particulièrement remarqué. Je sais qu’il y avait neuf gars dans le quartier des mineurs, mais je n’en retiens que deux dans mon souvenir de plus en plus encombré. Ce sont ces deux-là qui reviennent souvent dans les narrations de Melo et des enfants[11].

Là je m’arrête un peu de discuter, tout en continuant à mastiquer et à déglutir posément les bouchées de riz cressonné. Je voudrais seulement dire à ceux qui me lisent que je trouve bizarre qu’il faille que mes enfants se frottent aux prisonniers pour qu’ils soient bien éduqués. Je me garde de le dire aux intéressés, par crainte d’un autre accident de déglutition.

Les deux célèbres enfants prisonniers sont le Peintre-au-stylo et Rivo-le-parricide. Je ne les ai jamais vu et ne les verrai peut-être jamais, mais je les connais. C’est un prêtre catholique qui a appris la peinture au stylo à bille au premier. Celui-ci a ensuite transmis la technique aux autres pensionnaires et les encadre.

C’est du graphisme qui se fait normalement à l’encre de chine en utilisant des plumes sergent-major ou du rothring sur du papier canson ; autant de matériaux qu’on ne trouve pas en prison. Je sais de quoi je parle parce que j’ai appris cette technique en 1994.

Que faire alors si l’on veut exercer son art malgré tout ? On utilise des stylos à bille de différentes couleurs et le papier dont on dispose. La plupart des pensionnaires du quartier des mineurs confectionnent des cartes que les aumôniers tentent plus mal que bien de vendre au dehors. Moi, je suis chargé par Melo de collectionner les stylos et les feuilles de papier distribués lors des réunions auxquelles je participe pour qu’elle puisse les refiler aux enfants prisonniers.

Quant à Rivo, il a simplement tué son beau-père quand il avait seize ans. Il en a maintenant dix-huit et ne sortira probablement pas de prison avant d’atteindre l’âge de vingt et un ans. Le beau-père en question a un peu trop battu sa mère un soir. Il s’est interposé pour défendre sa maman. Il a reçu trop de coups et d’insultes lui aussi. Comme un couteau se trouvait à proximité[12], il l’a saisi et nous connaissons la suite.

Je n’ai que deux pas à faire en me levant de table pour m’étendre sur le lit plus convivial que conjugal. Nous invitons toujours nos invités à s’y étendre après les repas pour faire la sieste. Je souris en pensant que Hery et Tovo pourraient être en train de s’y étendre avec moi s’ils étaient venus pour le déjeuner.

Mal m’en prend car Melo surprend mon sourire. Elle le prend pour de l’acquiescement pour ce qu’elle est en train de faire. Pendant que les enfants débarrassent la table du couvert et des restes du déjeuner (adieu les haricots verts !), elle fouille dans les casiers de l’armoire qui me sont réservés. Elle met de côté des pantalons, des chemises et des T-shirts en disant : « Tu ne t’en sers plus. Ce sera bien pour ces enfants ». Je sais qu’il est inutile de discuter, je continue donc à sourire mais en plus jaune.

Rivo-le-parricide

Ni Hery ni Tovo ne m’intéressent pas dans ma rêverie. Je pense plutôt au cas de Rivo. Avec un bon avocat, il s’en serait sorti avec peu de casse : légitime défense, circonstances atténuantes et tout le bataclan. Malheureusement, un enfant paysan dépendant d’une mère sans ressources et d’un beau-père qu’il vient de tuer ne peut que se contenter de l’avocat commis d’office et qui n’a pas fait grand-chose.

Voila déjà plus de deux ans qu’il croupit dans ce quartier des mineurs sans en jamais sortir que deux fois. Une première fois il y a deux ans, pour l’enquête du juge d’instruction. Une seconde fois tout récemment pour le procès vite fait : cinq ans d’emprisonnement ferme. Seule sa mère est venue le soutenir durant ces moments difficiles. Elle est aussi la seule qui vient de temps en temps le visiter et lui apporter un peu de nourriture.

« Ils mangent bien en prison, n’est-ce-pas ? » demandé-je à Melo ; histoire de causer un peu et de confirmer ce qu’elle m’a déjà dit, que le quartier des mineurs est gâté par rapport aux autres. Tout le monde sait que la ration normale des prisonniers à Madagascar n’est que d’un plat de bouillie de manioc par jour. Toutes les aumôneries[13] se relaient pour que les mineurs puissent manger du riz, des légumes et un peu de viande.

« Non, dit Melo, donne-leur aussi de l’argent pour acheter des provisions de route ». Je vois qu’il vaut mieux arrêter de lui poser des questions.

Les inséparables

Une heure et demie est affichée par la montre du salon – chambre à coucher – etc. Je me lève pour me préparer à repartir au bureau de l’IREDEC[14]. « Ne t’en vas pas, dit Melo, ils vont arriver ». « Oui, di-je » mais je vais quand même me brosser les dents et me débarbouiller. Quand je reviens dans la chambre, Hery et Tovo sont là assis dans deux de nos fauteuils. Melo leur sert du lait-soja et du pain.

Melo fait les présentations tout à fait inutiles de mon côté. Je les ai reconnu tout de suite à cause de leurs accoutrements qui comprennent des pièces issues de ma garde-robe. Ce sont de grands et rudes gaillards encore imberbes, timides comme tous les paysans qui rendent visite à des citadins.

« Je suis un peu pressé » dis-je en tournant successivement ma tête vers eux et vers Melo. Elle sourit aux jeunes gens et leur dit : « Dada[15] est un peu pressé ». Cette reprise semble ridicule mais j’avoue qu’elle a le mérite d’être expressive sur tous les plans. Je sais que je rentrerai très en retard cet après-midi à l’IREDEC.

Hery nous remercie d’avoir bien voulu les recevoir, etc. Je le remercie de nous avoir remercié, etc. Melo met fin aux etcetera et se fait le porte-parole des enfants pour exposer la situation. Nous la connaissons déjà.

Je m’adresse à Tovo : « Ainsi tu as fait le malin en venant jusqu’ici. Te rends-tu compte que tu aggraves son problème ? »

Tovo : « C’est mon meilleur ami. Ce jour est un grand jour pour nous »

Moi, toujours m’adressant à Tovo : « Comment tu es chez toi en ce moment ? »

Tovo : « Je suis revenu au village chez mon grand-père qui m’a très bien accueilli[16] »

Moi, m’adressant à eux deux : « Quel est maintenant votre programme ? »

Hery : « Nous sommes allés chez le Père Clément[17]. Il accepte de nous héberger seulement pour une nuit, c’est plein chez lui. Il n’a ni argent, ni provisions de route à nous donner »

Melo : « Tovo doit rentrer à Soanindrariny demain matin. Pour rentrer chez lui, Hery doit prendre le taxi-brousse pour Fandriana en passant par Ambositra »

Je m’acquiers des frais correspondants : cinq mille francs par voyageur pour Soanindrariny, même chose pour Ambositra ; de même pour le trajet Ambositra – Fandiana. SILEM[18] ! Je n’ai que dix mille francs à leur donner. Si je les donne à Hery, Tovo rentrera à pied à Soanindrariny.

Je leur suggère donc : « Rentrez ensemble à Soanindrariny dans un premier temps. Le grand-père de Tovo acceptera sûrement d’héberger Hery deux jours et même trois pour qu’il reprenne des forces. Puis il rentrera à pied à Fandriana. Cela fait cinquante kilomètres, mais il pourra faire ce que j’ai déjà fait quand je fus à l’Académie Militaire[19] »

Intérieurement, je pense que ce n’est pas la même chose et surtout pas dans les mêmes conditions. La vie à l’ACMIL n’est pas du tout pareille à celle de la prison. D’ailleurs, nous n’avons pas crapahuté entre Soanindrariny et Fandriana mais ailleurs et des plus terribles.

Le bercail

Melo essaie de négocier une rallonge aux dix mille francs mais je reste ferme. J’avoue que j’aurais pu, mais je tiens absolument à ce qu’ils restent ensemble un petit bout de temps. J’espère que ce sera pour le meilleur, c'est-à-dire un bon projet pour s’en sortir honorablement en s’épaulant. Cela pourrait être aussi pour le pire, c'est-à-dire des mauvais coups.

Mais qu’importe ? Ils sont libres, il faut qu’ils sentent qu’on a confiance en eux, et qu’ils se sentent confiants en eux-mêmes. A voir leur air content, je sens que cette option leur est aussi la meilleure.

Melo leur remet un sac en plastique rebondi qui doit contenir les frusques qu’elle m’a piquées, ainsi que des provisions. Je lui dis que je vais les raccompagner un peu avant d’aller au travail, et nous partons.

Une fois arrivés à Mahazoarivo, nous nous serrons la main et ils me quittent en emportant une partie de mon cœur déchiré. Où qu’ils aillent importe peu : le village, la rue ou la prison, c’est tout pareil. C’est toujours leur bercail.

Les copains de l’IREDEC me pardonneront de sécher le travail cet après-midi. Je vais tenter de noyer ma douleur quelque part.

Dadazily

Mai 2000



[1] Elle avait 18 ans au moment des faits.

[2] Dit aussi d’Ambohitsaina.

[3] Célèbre bagne situé sur un îlot au large du littoral nord-ouest de Madagascar.

[4] Quatre, c’est beaucoup par les temps qui courent.

[5] Ville située à 168 km au sud d’Antananarivo.

[6] Centre de Rééducation Motrice de Madagascar

[7] Nous les hommes, préférons les haricots secs ou flageolés.

[8] Dans la gastronomie occidentale, le riz peut servir d’accompagnement. Chez nous, c’est le plat principal, les autres mets ne servent que d’accompagnement.

[9] Libéré un mois avant Hery

[10] Une trentaine de kilomètres à l’Est d’Antsirabe.

[11] Nos enfants2 filles et 2 garçons suivent et aident leur mère dans les activités de l’aumônerie.

[12] Les foyers paysans cumulent souvent toutes les fonctions, y compris la cuisine, la basse-cour et même l’étable.

[13] Il y en a trois : catholique, protestante et adventiste.

[14] Institut de REcherches et d’application des méthodes de DEveloppement Communautaire : l’ONG où je travaille situé dans le quartier populaire de Mahazoarivo-Sud, contigu à Tsitamaso où je réside.

[15] Papa

[16] Tovo a écopé d’un an d’emprisonnement ferme pour avoir volé des poulets dans son village.

[17] L’aumônier catholique de la prison.

[18] Jeu de mots inventé par un copain pour « dilemme » ; SILEM est le nom d’une entreprise célèbre qui a pour slogan publicitaire : « Pas de problème pour SILEM »

[19] Je fus élève officier de l’Académie Militaire / ACMIL d’Antsirabe en 1978.

samedi 6 décembre 2008

Le Cimetière des Etrangers. Second épisode : Au delà du miroir

Au delà du miroir

J’arrive à onze heures tapantes au domicile de la famille de Daindriana[1]. C’est l’heure normale où commencent les préparatifs des obsèques. J’ai pensé avoir tout prévu avant de venir ici.

Les imprévus d’ici-bas

Pour le temps d’abord, c’est bien prévu. Il n’est pas besoin d’être devin ou ingénieur en météorologie pour savoir que lors du passage d’un cyclone tropical, il pleut jour et nuit sans interruption. C’est le cas depuis deux jours. J’ai donc mis par-dessus mes vêtements peu cérémoniaux mon ciré vert armé. Pourquoi « vert armé » alors que c’est une couleur interdite sur tout le territoire pour les civils ? Je n’ai que celui-ci et d’ailleurs, les policiers du quartier ne se soucient nullement de la chasse-au-vert-armé.

Ensuite, la foule : même s’il ne fut que portefaix, Daindriana est une célébrité dans tous les quartiers situés à l’Est d’Ampasampito. Toujours en guenilles et pieds nus comme l’exige sa profession, il est toutefois l’ami de tout le monde qui à tout moment recourent à ses bons et loyaux services : abattre des arbres, transporter des charges, creuser des puits ou des latrines, etc.

Les gens s’écartent et on m’invite à entrer. C’est ce que je fais, en enlevant mon ciré dégoulinant d’eau. Jeannette, la benjamine de la fratrie de Daindriana le prend, le secoue et le pend à un clou planté près de la porte. Il y a peu de personnes dans la pièce de quatre mètres sur quatre. La plupart des gens préfèrent être dehors plutôt que dedans, non seulement parce que c’est la coutume, mais surtout à cause de la puanteur. Cela aussi fut prévu et j’ai pris la précaution de prendre un antidote chez Holy, à l’épi-bar du coin. Cela fait trois jours que le mort est mort de coma éthylique et sa famille n’a pas les moyens de le faire piquer au formol, alors vous imaginez bien …

Les rares personnes présentes dans la pièce sont assises sur des bancs placés près de la porte et des deux fenêtres. Il y a quelques proches du défunt et quelques copains communs de toujours tant à lui qu’à moi. Je remarque Charline parmi ces derniers, alias Madame Lili pour tout le Fokonolona[2]dont elle est Présidente.

Il n’y a pas de veuve éplorée car Daindriana ne s’est jamais marié. Il m’a dit un jour qu’il ne veut pas avoir des enfants qui souffriront plus que lui ou finiront dans les latrines comme Rôzy[3]. C’est le champion de la chasteté, personne ne lui connaît de petites amies.

Sa vieille mère entre et sort sans cesse dans la pièce. Elle n’arrête pas de raconter pour la énième fois comment cela s’est passé vendredi matin. Elle dit qu’elle croyait qu’il dormait encore, donc elle continuait à vaquer à son occupation quotidienne : le débroussaillage et le nettoyage de tous les chemins du secteur. Elle fait cela sans demander un franc à personne. Tout le monde dans le quartier pense et dit qu’elle est folle.

Je m’approche de Daindriana et ne suis nullement étonné de constater son état. Cela gargouille beaucoup à l’intérieur, il pète et rote tout le temps, son corps est tout boursouflé. On a placé des tranches d’ananas dans une assiette glissée sous le tréteau sur lequel il gît. On fait toujours cela pour atténuer la mauvaise odeur. Mais dans ce cas-ci, l’effet obtenu est tout à fait le contraire. Le mélange des deux très fortes mais opposées senteurs est atroce. Cela ne plaît qu’à l’incroyable nuée de mouches qui a envahi la pièce. Je fais enlever les ananas et respire un peu mieux. Plusieurs mouches suivent les ananas.

Je me suis préparé à tout sauf à voir la tenue du défunt. Je suis d’abord ébahi par le magnifique complet noir. Cela fait bien des années que j’ai entendu parler de ce fameux complet, l’unique que Daindriana possédât et qu’on lui a acheté à l’occasion d’un mariage. Ce « on »-ci, est l’organisateur du mariage qui a engagé un orchestre où il jouait comme bassiste[4]. Ce fut d’ailleurs pour lui, l’unique occasion de le mettre durant toute sa vie. Il m’a dit que les chaussures qui allèrent avec furent abîmées depuis belle lurette. Il le gardait donc précieusement au fond de sa malle.

Mais là où je reçois le vrai choc, c’est quand je vois ce qu’il y a sous la veste : Daindriana est en T-shirt neuf à l’effigie d’un candidat aux dernières élections présidentielles. Je laisse éclater mon indignation : « Ah non, qui a fait ça. Vous savez tous que Daindriana a toujours détesté la politique. Et maintenant qu’il ne peut plus protester, vous l’obligez à faire ce qu’il a refusé de faire toute sa vie »

Tout le monde sait que je suis bien placé pour trancher sur ce sujet, de par mon passé de militant. Tous ceux qui ont tenté de l’enrôler dans un parti quelconque se sont heurtés contre un roc.

Même moi son grand ami, je n’ai pas réussi une seule fois à le convaincre de faire de la propagande. Il ne voulait même pas placarder des affiches contre une rémunération et de menus avantages. Pour lui, la politique sème la zizanie et n’attire que des ennuis.

Quelqu’un me dit : « Il n’a pas de chemise grand - frère. Si tu en as de plus convenable, apporte-la »

Un autre ajoute : « On a eu beaucoup de mal à lui enfiler ce T-shirt, il est trop gonflé »

Lili[5] renchérit : « Regarde-le, il va éclater d’un moment à l’autre »

Je ne me contente pas de regarder. Je prends sa main boursouflée par la décomposition et tente de déplier ses doigts, pas facile. Oui, il se pourrait bien qu’il éclate à la prochaine vigoureuse manipulation.

Je concède donc : « Ça va, laissons-le comme ça, mais je suis quand même fâché » Et je jette un regard qui se veut courroucé à notre ami Bary. Bary qui est un responsable local du parti à qui appartient le T-shirt incriminé rétorque en souriant : « C’est seulement parce qu’il n’y a rien d’autre de convenable à lui mettre. Nous en avons beaucoup en stock »

Le petit est devenu grand

C’est le moment d’envelopper le mort dans ses linceuls. Je regarde les gars déplier ces linceuls et là, c’est la stupéfaction totale. Il n’y en a qu’un qui soit de qualité médiocre, celui acheté par la famille. Les cinq autres sont de premier choix, en soie naturelle et magnifiquement coloriés. Les linceuls comme cela valent dans les cinq cent mille francs – pièce.

Je remarque les yeux brillants de fierté des membres de la famille tandis qu’on me dit au fur et à mesure qui et qui les ont offerts. Il y a vraiment de quoi être fier car ce sont les plus riches notables du quartier. C’est bien sûr triste de devoir enterrer son proche au Cimetière des Etrangers car le caveau familial est situé trop loin à Soanindrariny[6]. Mais quel réconfort quand même de se sentir honoré de la gratitude des grands de ce monde. En tout cas, Daindriana nous quitte emballé comme un grand.

La cérémonie d’adieu dans la cour est émouvante. L’office est mené par Mesdames Florine et Brigitte, responsables sociales du quartier et aussi au sein de la paroisse catholique. Là, c’est du grand art, pas du tout expéditif malgré la pluie battante – comme ce fut le cas autrefois pour Rôzy. Tout le quartier est là, chacun se pousse non pas pour bien voir mais pour être bien vu.

Il n’y a pas de cortège pour aller au cimetière situé à huit cent mètres plus au sud à Andraisoro. Chacun y va à pied, comme il veut et comme il peut. Je suis en compagnie de Lili, de Florine et de Ra-Birizity[7], profitant de leurs parapluies. La Peugeot 404 bâchée de Michel qui sert de corbillard nous dépasse. Les jeunes gars qui transportent le cercueil sont entassés à l’arrière avec ce dernier.

Ils se croient malins ces gars. Ils arborent un air supérieur et des sourires condescendants en nous voyant patauger dans la boue et sous la pluie. Mais nous, on ricane en évoquant la puanteur qu’ils endurent dans leur espace confiné. Tous les pans de la bâche sont baissés sauf à l’arrière. Nous autres sommes bien contents d’être à l’air libre et de nous dégourdir les jambes.

Il n’y a pas beaucoup à raconter sur la cérémonie d’enterrement au Cimetière des Etrangers. Presque tout le quartier est encore là. Je ne vois nulle part Bera et Zaka-Be, les croque-morts de Rôzy. Mesdames Florine et Brigitte officient encore la messe, toujours de main de maître. Je profite de la pluie battante pour pleurer tout mon saoul durant toute la cérémonie. Et nous sommes tous rentrés par le plus court chemin, à cause du mauvais temps.

Melo[8] est très stricte sur la manière de rentrer à la maison après avoir été sous la pluie. Il faut d’abord appeler du dehors et dire qu’on est là. Ensuite, il faut attendre qu’elle ou quelqu’un d’autre s’amène avec un seau d’eau. Puis, on décrasse les chaussures avec cette eau et on les enlève avant d’entrer par la porte de la cuisine qui sert de vestibule. Elle tient prêts la serviette, les vêtements de rechange et les sandales « scoubidou ». Ouf, me voilà bien au sec et au chaud chez moi.

Au cours du dîner, je dois bien entendu narrer dans le menu détail tout ce qui s’est passé. Comme d’habitude, Melo trouve toujours quelque chose à redire. Cette fois-ci, c’est à propos de mon ciré mal boutonné lors de la cérémonie d’adieu dans la cour de Daindriana. Je sais que c’est uniquement pour me signifier qu’elle était là et même au premier rang, au cas improbable où je ne l’eusse pas remarquée. Je me contente donc de hausser les épaules.

Ce soir, nous nous couchons tôt après cette journée mouvementée. Ce n’est pas facile de trouver le sommeil plus tôt que d’habitude et surtout quand on est fatigué. Pour faire passer le temps, je repense à la cérémonie d’enterrement à laquelle j’ai prêté le moins d’attention. Ce n’est pas tellement la cérémonie proprement dite que j’essaie de me remémorer, mais plutôt l’assistance. Qui donc étaient vraiment là ?

L’au-delà des gens-d’ici-bas

La pluie est trop drue et je fais l’effort d’en faire abstraction. C’est difficile, mais j’y parviens finalement. La pluie s’évanouit, il semble même qu’il n’a pas plu du tout. Je vois maintenant clairement les gens, l’assistance est tout aussi nombreuse. Mais je ne vois pas ceux qui étaient avec moi tout à l’heure.

Ceux qui sont là me sont inconnus et je demande : « Qui êtes-vous ? ».

Celui qui est le plus près de moi me secoue l’épaule et ricane : « Ne me dis pas que tu ne me reconnais pas »

Mais oui c’est lui, c’est Daindriana dans son complet noir. Si je ne l’ai pas reconnu, c’est qu’il n’est plus boursouflé et surtout parce qu’il ne porte plus le T-shirt ridiculement partisan. A la place de celui-ci, il arbore une cravate rouge vif sur une chemise jaune canari.

Toujours en riant, Daindriana dit : « Tu ne connais bien sûr pas la plupart de ces gens, mais il y en a que tu connais. Regarde »

Il me montre un jeune vieil homme en malabary[9] bleu rayé de blanc que je reconnais immédiatement, et je m’écrie : « C’est Randria, le coursier du Parti. Comment allez-vous Randria[10] »

Randria : « Très bien, merci monsieur Julien »

Daindriana : « Et ces deux enfants ? »

Les « enfants » qu’il me montre ne sont pas des enfants mais de grandes et jolies jeunes filles. J’avoue que je ne les connais pas.

L’une d’elles a le teint clair et porte une robe rose. Elle se présente en souriant : « Je suis Rôzy »

L’autre qui a le teint foncé et porte une robe vert émeraude me dit avec le même sourire charmant : « Je suis Louisette[11] »

« Je comprends maintenant, mais pourquoi êtes vous là et non là » dis-je en pointant successivement le doigt vers eux et vers le bas.

Daindriana : « Nous sommes sortis de là pour aller vivre là-bas » Et il montre le campus universitaire d’Ambohitsaina situé à deux cent mètres plus au sud.

Moi : « Comment vivez vous là-bas ?»

Daindriana : « Très bien. Nous faisons tout ce qui nous plaît et ce dont nous fûmes privés auparavant : manger et boire de bonnes choses, rire, chanter, danser, tout ce que nous voulons »

Moi : « Est-ce qu’on fume et boit du rhum là-bas ? »

Daindriana : « Non, c’est inutile. Tu ne fais tout cela que parce que tu manques de quelque chose. Chez nous, on ne manque de rien »

Moi : « Et si quelqu’un a envie de fumer et de boire ? »

Daindriana : « C’est qu’il n’est pas suffisamment mort. Nous le renvoyons donc de l’autre côté du miroir »

Moi : « Et que faites vous ici dans ce cimetière ?»

Daindriana : « Nous venons chercher celui qui vient d’être enterré là-dessous »

Moi : « Qui est là-dessous ?»

Daindriana : « Toi »

Moi : « Comment se fait-il que je sois là-dessous alors que je suis ici ?»

Daindriana : « Tu n’es que ton âme alors que ton corps est encore là-dessous. On va le déterrer pour que vous soyez réunifiés et pour que tu puisses venir avec nous »

Moi : « Je voudrais bien mais c’est trop tôt, j’ai encore envie de fumer et de boire. J’ai encore beaucoup de choses à faire, notamment écrire vos histoires »

Daindriana : « Laisse ça à d’autres, nous allons enfin pouvoir nous amuser ensemble. Pousse-toi pour qu’on puisse déterrer ton corps »

Et il me pousse à la poitrine pour m’écarter de la tombe tandis qu’il saisit une bêche. J’écarte sa main et lui crie que je n’ai pas envie de partir trop tôt. Toujours en rigolant, il pousse encore ma poitrine … et je me réveille.

Melo a allumé la lampe de chevet et me dit que je viens d’avoir un cauchemar. Il a fallu qu’elle me secoue trois fois pour que je me réveille. Je la remercie et elle se rendort.

Etait-ce bien un rêve ? Oui, bien sûr. Je pense toutefois que les conseils donnés autrefois par Zaka-be méritent d’être suivis. C’est donc décidé, j’irai demain matin accomplir les rites sur la tombe de Daindriana. Je lui promettrai de tout faire pour bien mériter d’entrer dans leur paradis. Puis je rentrerai en faisant un grand détour …

Sur ce, je me rendors moi aussi d’un sommeil tranquille.

Dadazily

Janvier 2007



[1] Prononcer Daindrïnn = L’Aîné des enfants de la famille (familier) ; il est de deux ans mon cadet : 53 ans.

[2] Communauté de la population du Secteur qui est un démembrement du Quartier.

[3] Cf. l’article « Une rose dans la latrine » premier épisode du « Cimetière des Etrangers ».

[4] Daindriana fut un virtuose de la guitare basse dans les années 70 et 80, et fut considéré comme l’un des meilleurs bassistes de variétés de sa génération.

[5] Amie depuis l’école primaire.

[6] Commune rurale à plus de 30 km d’Antsirabe, qui est une ville située à 168 km au sud d’Antananarivo.

[7] Madame Brigitte, la Vice-présidente du Comité social du quartier dont Madame Florne est la Présidente

[8] Ma chère et tendre moitié comme dirait toujours mon fameux et cher ami connu de moi seul.

[9] Tunique traditionnelle des Malgaches des Hautes-Terres centrales.

[10] Contrairement à l’usage au sein du Parti dans les années 80, personne ne tutoyait Randria par respect pour son âge ; il fut lui aussi homme à tout faire du quartier comme Daindriana.

[11] Nièce nouvelle-née de Daindriana décédée au début des années 80 et ensevelie elle aussi au Cimetière des Etrangers.